Comment redéfinir le voyage m’a aidé à mieux voyager
Voyageur aguerri, j’ai exploré plus de 35 pays pour de multiples raisons — curiosité culturelle, retrouvailles amicales, participations à des conférences professionnelles. Je considérais chaque déplacement comme un voyage enrichissant. Pourtant, lors d’une discussion avec des amis au sujet des raisons et bienfaits du voyage, j’ai réalisé que je n’avais jamais vraiment défini ce que signifie « voyager ».
Cette réflexion a transformé ma façon de concevoir et vivre mes déplacements. Aujourd’hui, je vous propose de questionner ensemble cette évidence : qu’est-ce que voyager, au fond ?
Les deux piliers du voyage: éloignement et altérité
Le dictionnaire Larousse définit le voyage comme une « action de se rendre dans un lieu relativement lointain ou étranger » [1]. Définition pratique, mais qui manque de substance. Car si voyager se résumait simplement à “aller loin”, alors, pour un Parisien par exemple , un trajet hebdomadaire Paris-Londres serait plus « voyage » qu’une semaine d’immersion dans un village normand.
Il convient donc de creuser les notions d’éloignement et d’étranger pour comprendre l’essence du voyage. Après avoir analysé mes 35 destinations et échangé avec d’autres voyageurs, j’ai identifié deux piliers qui créent la véritable expérience du voyage:
L’éloignement physique et mental
La distance physique est essentielle au voyage car elle permet un éloignement mental. Le voyage commence quand on rompt avec son quotidien — pas seulement géographiquement, mais mentalement.
Quand je me rends en Côte d’Ivoire, je voyage même si j’y ai mes repères familiaux, car je bascule dans un autre rythme, d’autres priorités, une autre version de moi-même. Cet éloignement crée une « bulle temporelle » où nos habitudes sont suspendues.
La confrontation à l’altérité
Cette confrontation à ce qui nous est étranger questionne nos automatismes de pensée et de comportement. Pour cela, pas besoin de se déplacer loin : un séjour en Belgique peut être l’occasion de découvrir la cohabitation de plusieurs communautés linguistiques dans une même nation.
Paradoxe de mon identité franco-ivoirienne : je « voyage » différemment en France et en Afrique, non par la distance, mais par le regard que je porte et qui est porté sur moi.
On peut ajouter deux notions implicites mais importantes : un voyage est temporaire et volontaire. En essence, le voyage est donc un déplacement temporaire et volontaire vers un ailleurs physique, mental et culturel.
Pourquoi voyage t-on vraiment ?
Sur la base de ces piliers et au-delà des justifications convenues (« s’évader », « découvrir »), trois motivations profondes me semblent animer les voyageurs :
Le besoin de perspective
L’éloignement physique et mental permet de prendre de la distance — littéralement — pour voir sa vie sous un autre angle. À partir du moment où l’on se rend dans un lieu éloigné pendant plusieurs jours, on s’organise autrement, hors de ses repères et de ses proches. Cela permet de prendre du recul.
L’expérience de la liberté
Le voyage permet de retrouver notre pouvoir de choisir, loin des contraintes sociales habituelles. Redevenir acteur plutôt que spectateur de sa vie. En voyage, on a l’occasion de choisir son habitation temporaire, ses activités, et d’improviser.
L’expérience de l’authenticité
Nous cherchons des expériences « vraies » dans un quotidien que nous percevons comme artificiel. Le voyage devient laboratoire d’authenticité et d’aventures.
Quand le voyage nous transforme
Une question dérangeante subsiste : Pourquoi certains reviennent transformés de trois jours en Bretagne quand d’autres traversent le monde sans changer ?
La transformation ne dépend ni de la distance ni du budget. Elle naît de notre posture intérieure. J’ai plus appris sur moi-même en passant une semaine à Rodrigues qu’en visitant rapidement des capitales européennes.
La différence ? L’état d’esprit. A Rodrigues, j’étais en mode « découverte » : ouvert, curieux, prêt à questionner mes certitudes urbaines. Dans les capitales, j’enchaînais des visites sans vraiment habiter les lieux.
Finalement, pour moi, le voyage réussi n’est pas celui qui nous fait oublier notre vie ou nous déplacer à l’étranger, mais celui qui nous fais voir notre vie autrement.
Conseils pour voyager en conscience
La règle d’or : voyager selon ses besoins
Un voyage « réussi » répond à un besoin ou une envie du moment. Parfois, nous avons besoin de repos et de distance. Parfois, de confrontation et de questionnement. L’erreur est de croire qu’un « vrai » voyage doit nécessairement transformer.
Si vous cherchez la rupture avec le quotidien :
- Distance minimale qui vous oblige à réorganiser votre vie, c’est-à-dire : prévoir, déléguer et déconnecter
- Durée critique : au moins 4-5 jours pour sortir de l’urgence mentale
- Confort assumé : choisir un cadre qui favorise la décompression
Si vous cherchez la transformation :
- Préparation intellectuelle : se renseigner sur l’histoire et les enjeux locaux
- Lenteur volontaire : moins de lieux, plus de profondeur
- Carnet de réflexion : documenter ce que vous découvrez et ce que cela vous fait
L’essence retrouvée
Voyager, au fond, c’est accepter d’être temporairement déstabilisé pour découvrir de nouvelles façons d’être. Comme l’écrivait Proust : « Le véritable voyage de découverte ne consiste pas à chercher de nouveaux paysages, mais à avoir de nouveaux yeux » [2].
Mais ajoutons que parfois, pour avoir de nouveaux yeux, il faut accepter de changer de place. Et c’est précisément là que réside la magie du voyage conscient.
Au-delà de l’échelle individuelle, le voyage est aussi un pont entre les humains. Comme le souligne Jean-Didier Urbain : « Rien ne peut remplacer l’expérience physique et émotionnelle du voyage […] c’est la meilleure façon pour que les hommes se rencontrent et apprennent à se connaître » [3].
Question pour finir : Et vous, avez vous des règles pour voyager en fonction de vos besoins ?
Cet article pose les bases de ma philosophie du voyage. Dans de prochains articles, nous explorerons les « questions dérangeantes » que soulève chaque déplacement conscient.
Références
[1] Larousse, “Définitions : voyage – Dictionnaire de français Larousse,” Larousse.fr. [En ligne]. Disponible sur : https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/voyage/82584.[Consulté le : 1 sept. 2025].
[2] M. Proust, À la recherche du temps perdu, Paris, France : Grasset et Gallimard, 1913–1927.
[3] B. Thiolay, “Jean-Didier Urbain : ‘Dans le monde d’après, le voyage restera un remède à la xénophobie’,” GEO, 24 janv. 2022. [En ligne]. Disponible sur : https://www.geo.fr/voyage/jean-didier-urbain-dans-le-monde-dapres-le-voyage-restera-un-remede-a-la-xenophobie-208034. [Consulté le : 2 sept. 2025].
A propos: Hello, moi c’est Philippe Y.R. Passionné de voyages, je crois fermement que chaque déplacement est une opportunité de grandir et de remettre en question ses certitudes. Sur ce blog, je partage des récits et des conseils pour un voyage plus conscient, éthique et philosophique.



